Nouvel exploit de Charles Dubouloz au Mont Blanc sur “Divine Providence”
Crédits @Antoine Mesnage
Il n’y avait ni record à battre, ni chronomètre à surveiller. Juste un homme, une montagne, et l’hiver. Début décembre, l’alpiniste français Charles Dubouloz a réalisé un nouvel exploit majeur dans le massif du Mont-Blanc : l’ascension en solitaire et en conditions hivernales de Divine Providence, l’une des voies les plus exigeantes des Alpes. Une aventure brute, engagée, et profondément intime.
Une aventure qui commence… à vélo
Tout débute le dimanche 7 décembre, loin des télécabines et des refuges gardés. Charles Dubouloz quitte son domicile d’Annecy à vélo, tirant une remorque chargée de matériel d’alpinisme. Direction Chamonix, à 120 kilomètres de distance, avec déjà 2 500 mètres de dénivelé positif — c’est-à-dire l’équivalent de grimper une montagne de cette hauteur, uniquement en montée.
Ce choix n’est pas anodin. Fidèle à une approche minimaliste et engagée, Charles refuse les facilités modernes. Il veut une aventure complète, continue, où chaque kilomètre compte.
Arrivé dans la vallée, il poursuit l’approche par la Mer de Glace, qu’il remonte intégralement à ski de randonnée (discipline consistant à monter à ski avec des peaux sous les semelles), ajoutant encore 2 500 mètres de dénivelé positif. Il est accompagné à ce moment-là par Antoine Bouqueret, puis par deux autres compagnons venus l’aider à acheminer les 35 kilos de matériel nécessaires au pied de la paroi.
Trois jours après avoir quitté Annecy, Charles est enfin seul, face à la montagne.
Divine Providence : une voie hors normes
La voie Divine Providence se situe sur le Grand Pilier d’Angle, dans le massif du Mont-Blanc. Cette ligne est considérée comme l’une des plus difficiles des Alpes. Le grand alpiniste Jean-Christophe Lafaille la décrivait déjà comme une voie « parmi les plus exigeantes », lui qui en réalisa la première répétition en solitaire à l’été 1991.
Concrètement, cela représente :
1 500 mètres d’ascension verticale dans une face Est
Une cotation ED4 7b
ED signifie Extrêmement Difficile
7b correspond à un très haut niveau en escalade libre
Un terrain extrêmement varié : glace, rocher, neige
Des passages où il est très difficile, voire impossible, de sécuriser sa progression
Et tout cela en plein hiver, seul, sans assistance.
Crédits @Antoine Mesnage
Six jours suspendus au-dessus du vide
Charles sait ce qui l’attend : 5 à 6 jours en totale autonomie, avec seulement 8 heures de lumière par jour. En hiver, le froid est constant, le vent violent, et chaque geste demande plus d’énergie.
Il enchaîne les longueurs d’escalade (sections de corde) sur des pentes de glace, des murs de rocher, parfois jusqu’au niveau 7b, tout en transportant et hissant son matériel. Chaque nuit, il bivouaque dans la paroi, sur des plateformes précaires, suspendu au-dessus du vide.
Le danger n’est pas seulement technique. Le vrai risque, selon ses propres mots, est de ne pas s’endormir. S’endormir dans le vent et le froid, quand le corps est épuisé et mal alimenté, peut être fatal. En six jours, Charles perdra 8 kilos.
Sortir de la voie… et continuer
Le samedi 13 décembre, Charles sort enfin du Grand Pilier d’Angle. Mais l’aventure est loin d’être terminée. L’approche à vélo et à ski, combinée à l’effort extrême dans la face, l’a épuisé. Il décide de passer une nuit supplémentaire en bivouac à plus de 4 000 mètres d’altitude.
Le lendemain, il poursuit par la mythique arête de Peuterey, l’un des itinéraires les plus emblématiques du massif, pour atteindre le sommet du mont Blanc le dimanche 14 décembre, aux alentours de 14 heures.
Les conditions météorologiques ne lui permettent pas de redescendre en parapente comme envisagé. C’est donc à pied, par ses propres moyens, qu’il rejoindra finalement Chamonix.
Crédits @Antoine Mesnage
Un jalon majeur dans une carrière hors norme
Avec cette ascension, Charles Dubouloz confirme son statut parmi les figures majeures de l’alpinisme moderne, reconnu mondialement pour ses ascensions engagées en solitaire. Après ses réalisations marquantes dans les faces nord des Drus, des Grandes Jorasses, ou encore dans la voie Rolling Stones, Divine Providence en hivernal s’inscrit comme l’un des chapitres les plus forts de sa carrière.
Mais ce projet n’est qu’une étape. Cette ascension constitue le premier acte de sa Trilogie hivernale, une série de défis alpins menés dans un esprit de dépouillement total, sans recherche de performance chronométrée, mais avec une exigence absolue.
Quelques repères sur ses grandes réalisations récentes
Mai 2024 : Première ascension de la face ouest vierge du Hungchi (7 029 m), au Népal, avec Symon Welfringer
Février 2023 : Première hivernale de la face nord des Grandes Jorasses
Juillet 2022 : Traversée du massif des Écrins, dix sommets en treize jours
Janvier 2022 : Première solitaire hivernale de Rolling Stones aux Grandes Jorasses
2021 : Ascension hivernale en solitaire de la face nord des Drus
2016 : Descente à ski du Linceul aux Grandes Jorasses (cotation 5.5)
Avec Divine Providence, Charles Dubouloz ne signe pas seulement un exploit sportif. Il propose une vision de la montagne faite d’introspection, de solitude et d’engagement total — une aventure où le plus grand adversaire n’est pas la paroi, mais soi-même.
Le début d’un plus grand projet
Cette réalisation marque le début d’un plus grand projet pour Charles. Si l’alpiniste a été évasif sur le sujet et n’a pas dévoilé l’ensemble de son projet d’enchainement, il a affirmé se diriger vers le massif des écrin, avant de porter son regard sur les Pyrénées.
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